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Le 16 juin dernier, Dominique Gilbert, secrétaire général adjoint de la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) [1], est venu à Toulouse invité par l’Observatoire des Mydi-Pyrénées (OMP), pour partager son point de vue humaniste sur le développement durable. Sur ce, une des contributions majeures au modèle du durable visée par la LDH est certainement l’intégration des «droits environnementaux» au sein des droits de l’homme puisque toute personne, du présent comme du futur, doit avoir le droit à un environnement naturel propre.

Le même jour au matin, Mr. Jean-Marc Jancovici, nous avait fait un excellent résume [2] de la situation globale actuelle vis-à-vis de la contrainte énergie-climat («carbone»), en se concentrant davantage sur les aspects scientifiques et économiques. L’exposé de Mr. Gilbert est venu compléter donc le tour d’horizon sur cette problématique en apportant la perspective sociale et, surtout, humaine. Le titre de sa présentation parle donc par soi même: «Les droits de l’Homme, condition d’un développement durable».

Selon Mr. Guibert, l’humanité est confrontée à une responsabilité sans précédents: quelle définition et quel contenu va-t-on donner au terme «développement durable»? Quelle va être sa relation avec le concept de «croissance»? La réponse est simple …

… «l’heure est venue de la sobriété heureuse». En effet, notre société a besoin des nouveaux modelés capables de garantir un avenir «soutenable» où on ait tous (y compris les générations futures) les mêmes droits. Pour ce faire, il va falloir redéfinir le terme «économie» en ajoutant la vision du durable et humain dans la gestion des ressources et en la mesurant par des vrais indicateurs de progrès (dont le PIB n’en fait pas parti) telles que l’espérance de vie, la mortalité infantile, etc

Ce nouveau modèle trouve son origine dans la réaction de l’humanité à plusieurs problématiques majeures dont le changement climatique. Ce dernier constitue un phénomène à des répercussions globales et intergénérationnelles où les faits à court terme ont des conséquences à long terme. A contrario, à nos jours, on vit dans un monde très adapté au court terme ainsi que très mal équilibré en répartition de richesses. Ainsi, on s’attend à des fortes inégalités entre les pays riches et les pauvres, ce qui nous mène au besoin urgent d’une solidarité à l’échelle du globe. Sachant, qu’il n’y aura pas des miracles technologiques, ce n’est que de l’organisation de la société et ses moyens que le survie de l’espèce peut s’envisager.

De plus, concernant le réchauffement de la planète, les pays développés contribuent beaucoup plus en termes d’émissions des gaz à effet de serre et, par conséquence, devraient également s’engager plus étant donné qu’ils possèdent plus des moyens (économiques, technologiques, etc.) tant pour lutter contre ce phénomène comme pour s’adapter à ces conséquences. De lors, un transfert technologique ainsi qu’une forte aide économique et sociale s’avèrent fondamentales.

Plus globalement, une nouvelle gouvernance mondiale semble indispensable en vue de s’organiser et prendre des décisions sur des questions telles que le commerce équitable entre pays, les vrais prix des choses (avec les coûts environnementaux et humains [2]), etc. A ce propos, on va avoir besoin des instances internationales qui puissent gérer proprement les affaires de l’environnement, énergie, etc. Cette nouvelle philosophie politique mondiale doit donc être basée sur trois grands piliers: l’égalité et les responsabilités individuelles et sociétales. De la même façon, côfinancier, un changement de vision reste nécessaire vu l’éloignement actuel de l’économie réelle (richesses artificielles, spéculations, etc.) de la vraie «économie naturelle» liée aux ressources existants. En revanche, on ne peut pas laisser l’avenir de l’humanité exclusivement en mains des relations internationales, on doit s’organiser au delà de ceci. La vraie clé de notre avenir réside au niveau des responsabilités des citoyens, des associations, etc.

Par rapport au sujet qui nous concerne, les droits de l’homme, aux quatre piliers fondamentaux [3] (droits personnels, interpersonnels, libertés publiques et droits politiques, et droits économiques, sociaux et culturels) viendrait s’ajouter les droits environnementaux: le droit à un monde propre où l’on puisse tous mener une vie digne.

En conclusion, afin d’assurer la durabilité de notre planète, un nouveau projet global de civilisation s’impose. Celui-ci doit être fondé tant sur les relations internationales comme sur les liens sociaux et humains. Dans la recherche de ce «nouveau monde» on va avoir besoin de faire de la philosophie, d’établir des bases, des principes, etc. Ainsi, en vue de retrouver l’équilibre mondiale et environnemental souhaité, on doit agir dès maintenant sur plusieurs fronts majeurs: réorganisation de la société, refondation des droits de l’homme (en incluant les droits environnementaux entre autres), mise en place d’un nouveau système de gouvernance internationale et recherche de l’égalité entre pays, sociétés et personnes. Quoi qu’il en soit, on sait avec certitude que le coût de ne rien faire (rapport de Nicholas Stern [4]), est bien plus grand (guerres, catastrophes naturelles, etc.) que de, au moins, essayer une formule prometteuse.

[1] Ligue des Droits de l’Homme

[2] «Time for Action is … Maintenant!!»: article paru dans ce blog le 31 juillet 2009

[3] Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (ONU)

[4] Synthèse en français du «Rapport Stern», mené par Nicholas Stern