Share →

Mardi 16 juin 2009, j’ai eu le plaisir d’assister à deux conférences organisées par l’Observatoire Mydi-Pyrénées [1] (Toulouse, France) dont l’axe thématique principal a été le changement climatique, ses conséquences économiques, sociales et humaines ainsi que sa possible solution: un modèle global de développement durable. Des articles sur ces événements ont été publiés dans le blog «Agir pour la Planète» de l’École Supérieure de Commerce de Toulouse [2].

Premièrement, le matin, on a eu l’occasion d’accueillir Jean-Marc Jancovici, ingénieur conseil de renomme en changement climatique et «stratégie carbone» [3] qui nous a parlé, pendant presque trois heures questions comprises, sur «Les Enjeux Climatiques et Énergétiques: Que Faire Face à la Contrainte carbone?». M. Jancovici nous a conduit durant sa présentation le long de l’histoire de la civilisation humaine, tout en soulignant les erreurs commises qui nous ont emmené à la pressante situation actuelle où les ressources naturelles non-renouvelables s’achèvent à vitesse accéléré (puisque la consommation humaine a dépassé le rythme de leur rénovation naturelle), la pollution issue de notre activité menace tout ce qu’il en reste et, de plus, on se dirige vers une planète «chauffante» à conséquences vraiment inconnues (au delà de nos prédictions) mais en tout cas néfastes pour l’écosystème de la Terre dont on fait partie.

Selon M. Jancovici, la grosse maladresse de l’humanité a donc été son modèle de «développement» complètement insoutenable tant dans le temps, pour les générations futures, comme dans l’espace, en vue des grandes inégalités crées entre différentes zones géographiques, classes sociales, etc. Ceci est conséquence directe d’une présomption de base fausse: la Terre, et donc ses ressources, a été considérée infinie par rapport à l’espèce humaine, ses besoins et ses activités. Ce modèle-là, accéléré lors de la révolution industrielle a été mené à l’extrême par notre paradigme actuel, le capitalisme. De lors nos indicateurs économiques actuels tels que le PIB qui égalisent «progrès» avec consommation croissante de ressources. Cela nous a pris donc deux siècles pour nous rendre compte de la finitude de notre planète et même de notre capacité (malgré nous des fois) de l’influencer dans sa totalité comme c’est le cas avec la changement climatique.

Cependant, la solution existe …

… et elle peut prendre deux formes différentes d’après M. Jancovici: soit la Nature réglera de façon brusque ses propres affaires et donc par des catastrophes, guerres (pour le contrôle de ressources), etc.; soit l’Homme prendra conscience de l’affaire et changera son mode de vie. Cette dernière voie, plus souhaitable, suppose donc l’évolution de notre société vers un modèle de «développement soutenable» où on doit se forcer à arriver au fameux pic de consommation (et on a entre 10 et 20 ans pour le faire, pas plus [4]) et on recule à partir de là. Ceci suppose de manière incontournable une augmentation du prix de l’énergie et des ressources en général. D’un côté, la demande ne cesse pas de croitre pour l’instant du, tant à l’augmentation de la population humaine comme à celle de la consommation par habitant et, de l’autre, l’offre continue à baisser à cause simplement de la diminution des ressources disponibles. Tout ceci entraine obligatoirement une augmentation naturel des prix selon les lois du marché. Or, ce ne suffira pas; une action visée de l’humanité cherchant à réduire la consommation reste indispensable vis-à-vis d’arriver à temps aux défis globaux mentionnés.

Ce règlement des prix répond à la question de fond de «l’insoutenabilité» de notre modèle actuel: le fait qu‘on a largement sous-évaluée le coût réel des ressources en les rendant ainsi trop facilement accessibles (capacités de consommer, polluer, etc.) Une estimation plus véritable, ainsi que nécessaire, de leur valeur doit prendre en compte tous les effets (et donc coûts) réels impliqués: leur épuisement, la pollution et, en particulier, le changement climatique. Cette façon plus «logique» de procéder nos emmènera naturellement aux actions à mettre en place aujourd’hui pour, d’une part, lutter contre (mitigation, selon les termes de l’IPCC [5]) et, d’autre, nous adapter aux conséquences (adaptation).

Une seule équation est par ailleurs capable d’englober tant tous ces défis auxquels on fait face (à cause des «injustices» de notre modèle socio-économique) comme les solutions que l’on peut adopter. Il s’agit de l’équation de Kaya [6], qui décompose les émissions totales de gaz carbonique (CO2) de l’humanité en plusieurs termes:

CO2 = CO2/TEP * TEP/PIB * PIB/POP * POP

  • CO2/TEP : Contenu en gaz carbonique de l’énergie

  • TEP/PIB : Intensité énergétique de l’économie

  • PIB/POP : Production par personne

  • POP : Population

De cette façon, si l’on se fixe comme objectif global de diminuer en un facteur 2, au moins, le niveau actuel des émission de CO2 d’ici 2050 cherchant à éviter ainsi les conséquences dramatiques mentionnées, et sachant que la population humaine (POP) ainsi que la «richesse» (PIB/POP) par personne (modèle capitaliste) ne cessent d’augmenter; alors on va devoir diminuer vachement le rendement énergétique de notre activité (TEP/PIB) ainsi que le «taux de pollution» de nos énergies (PIB/POP ) pour y arriver…

Au fait non, d’une telle façon on n’arrivera jamais à temps pour empêcher «La Catastrophe». Ce qu’il faut faire, en réalité, c’est de réduire substantiellement l’accès à l’énergie, aux ressources par personne. Autrement dit, puisque l’économie est bien le moteur qui pousse les gens à agir, il faut faire croître d’un ton le prix des ressources, ce qui revient à diminuer le fameux pouvoir d’achat, celui des «riches», des gens du premier monde, le notre donc. Par conséquence, même si l’on pourrait tacher cette mesure «d’artificielle» ce n’est pas du tout le cas puisque, au contraire, cela revient à prendre en compte le véritable «coût» des ressources, le véritable prix de notre modèle de consommation (dégâts sur l’environnement, changement climatique, épuisement, etc.) Ce qui est artificiel c’est donc le modèle «hors nature» que l’on à utilisé jusqu’à présent.

Messieurs, dames, ce qu’il faut absolument faire, c’est, en réalité, changer notre philosophie de vie. Voilà la conclusion de M. Jancovici ainsi que la mienne.

[1] Observatoire des Mydi-Pyrénées (OMP)

[2] «Agir pour la Planète», blog de l’ESC Toulouse

[3] Site web perso de Jean-Marc Jancovici

[4] «C’est Maintenant», Editions du Seuil, 2009, J-M. Jancovici

[5] The Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC)

[6] L’équation de Kaya